Le premier homme Albert Camus Gallimard Poche

Nous nous sommes souvenus de ces quelques pages dans lesquelles, le voyageur, Albert Camus, né en 1913, retrouve la tombe du père qu'il n'a jamais connu. 

……Le cimetière était ceinturé de hauts murs rébarbatifs. Au voisinage de la porte, des étalages de fleurs pauvres et des boutiques de marbriers. Devant l’une d’elles, le voyageur s’arrêta pour regarder un enfant à la mine éveillée qui faisait ses devoirs dans un coin sur une plaque de pierre tombale encore vierge d’inscription.….Puis il entra et se dirigea vers la maison du gardien. Le gardien n’était pas là. Le voyageur attendit dans le petit bureau pauvrement meublé, puis avisa un plan, qu’il était en train de déchiffrer quand le gardien entra. C’était un grand homme noueux au nez fort et qui sentait la transpiration sous sa grosse veste montante.
Le voyageur demanda le carré des morts de la guerre de 1914. « Oui, dit l’autre. Ca s’appelle le carré du Souvenir Français. Quel nom cherchez-vous ?-- Henri Cormery » répondit le voyageur.

  

                                                

 

 

 

Le gardien ouvrit un grand livre couvert d’un papier d’emballage et suivit de son doigt terreux une liste de noms. Son doigt s’arrêta. « Cormery Henri, dit-il, blessé mortellement à la bataille de la Marne, mort à St Brieuc le 11 octobre 1914. —C’est ça » dit le voyageur. Le gardien referma le livre. «Venez», dit-il. Et il le précéda vers les premières rangées de tombes…..
« C’est un parent, demanda le gardien d’un air distrait.—C’est mon père.—C’est dur, dit l’autre.—Mais non, je n’avais qu’un an quand il est mort. Alors vous comprenez.—Oui, dit le gardien, n’empêche. Il y a eu trop de morts. »……
…. « C’est ici », dit le gardien. Ils étaient arrivés devant un carré entouré de petites bornes de pierre grise réunies par une grosse chaîne peinte en noir. Toutes étaient ornées d’un petit bouquet de fleurs fraîches.
« C’est le Souvenir Français qui se charge de l’entretien depuis quarante ans. Tenez, il est là. » Il montrait une pierre dans la première rangée. Jacques Cormery s’arrêta à quelque distance de la pierre. « Je vous laisse », dit le gardien……..
Il lut sur la tombe la date de naissance de son père, dont il découvrit  à cette occasion qu’il l’ignorait. Puis il lut les deux dates, « 1885-1914 » et fit un calcul machinal : vingt-neuf ans. Soudain une idée le frappa qui l’ébranla jusque dans son corps. Il avait quarante ans. L’homme enterré sous cette dalle, et qui était son père, était plus jeune que lui.

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Commentaires (1)

1. Houben Titane Mar 04 Fév 2014

Mais c'est super !! On aime passer à travers les livres et leurs commentaires.
Titane

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